
Dès la rentrée scolaire 2026, l’interdiction de l’utilisation des téléphones portables et des autres objets connectés sera étendue aux lycées. Après l’école puis le collège, le gouvernement entend ainsi instaurer une véritable « scolarité sans téléphone ». Cette nouvelle mesure vise à améliorer d’une part la concentration des apprenants et d’autre part le climat délétère dans les établissements scolaires. Toutefois elle soulève aussi des questions sur l’autonomie des lycéens et leur rapport au numérique.
On le sait bien, le téléphone portable occupe une place centrale dans le quotidien des adolescents. Le smartphone les accompagne partout, souvent même pendant les cours. Mais justement, en classe, cette quasi omniprésence est aujourd’hui remise en question.
Et, après la généralisation du dispositif « Portable en pause » dans les collèges en septembre 2025, l’Éducation nationale étend le principe d’interdiction aux lycées à compter de la rentrée 2026.
Dans le cadre d’une politique visant à promouvoir un usage raisonné du numérique, une circulaire publiée le 2 juillet 2026 demande aux établissements de préparer cette évolution et présente la non-utilisation des téléphones comme un moyen de favoriser les apprentissages, la concentration et le vivre ensemble.
Pourquoi interdire les téléphones portables dans les lycées ?
- Le premier argument avancé est celui de l’attention. Véritables distracteurs, les notifications de leurs réseaux sociaux , les messages ou les vidéos détournent rapidement l’attention de l’apprenant même lorsque le téléphone reste simplement posé sur la table. On sait effectivement qu’il faut parfois jusqu’à 20 minutes pour être à nouveau pleinement concentré dans la tâche après avoir été interrompu. De ce fait, selon l’Éducation nationale, la limitation de ces sollicitations doit permettre de consacrer davantage le temps scolaire aux apprentissages.
- Le ministère met également en avant les conséquences possibles sur le climat scolaire. Le téléphone peut être utilisé pour photographier ou filmer un camarade ou un enseignant sans son accord, alimenter des conflits sur les réseaux sociaux et ainsi provoquer des situations de cyber harcèlement. De plus, il s’agit aussi de redonner une place aux échanges directs entre élèves.
D’ailleurs 200 établissements pilotes ayant expérimenté la mise à l’écart des téléphones (dépôt ou du verrouillage des appareils à l’entrée de l’établissement) en septembre 2024 indiquent avoir observé des effets positifs sur le climat scolaire, la concentration et le bien-être des élèves.
| Dispositifs de mise à l’écart | Fonctionnement |
| Casiers / Coffres | Dépôt du téléphone à l’arrivée dans l’établissement ou en début de cours. |
| Pochettes magnétiques | Pochette individuelle verrouillée gardée par l’élève, déverrouillée en fin de journée. |
| Pochettes simples / Mallettes | Téléphone rangé dans une housse dédiée au sein du sac ou remis à la vie scolaire. |
Une mesure qui ne fait toutefois pas disparaître le besoin de numérique
Pour autant, interdire le téléphone ne signifie pas bannir le numérique du lycée. Les smartphones peuvent également être des outils pédagogiques : recherche d’informations, photographie d’un document, applications éducatives ou exercices interactifs peuvent trouver leur place dans les pratiques.
La nouvelle réglementation prévoit d’ailleurs “des exceptions et permet notamment certains usages pédagogiques lorsqu’ils sont encadrés par l’établissement. Des dérogations peuvent également être prévues dans certaines situations particulières.”
Il serait évidemment aux dépens des apprenants avec un TND (Troubles Dys, TDAH, TSA) de ne pas être autorisés à prendre en photo le tableau ou encore scanner le cours du voisin parce qu’ils n’ont pas eu le temps de tout prendre en note.
Cette distinction est importante. Le débat ne porte donc pas nécessairement sur la question de savoir si le numérique est « bon » ou « mauvais », mais sur le moment et les conditions dans lesquels il doit être utilisé.
Le lycée, un cas particulier
L’extension de l’interdiction aux lycées peut toutefois susciter davantage de débats qu’au collège. Un lycéen, c’est-à -dire un adolescent entre 15 et 18 ans, est généralement plus autonome et se rapproche de l’âge adulte. Pour certains d’entre eux, devoir déposer leur téléphone dans un casier ou une pochette à l’entrée de l’établissement pourrait être vécu comme une mesure infantilisante. D’autant plus qu’on le sait bien, dans son développement cérébral et hormonal, l’adolescent ne supporte pas les interdictions !!
L’Éducation nationale laisse justement une marge d’organisation aux lycées. Selon les établissements, le téléphone pourra être rangé dans un casier, une boîte collective, une pochette individuelle ou enfin être autorisé dans certains endroits du lycée. Les modalités devront être précisées dans le règlement intérieur.
Interdire pour mieux apprendre… ou apprendre à s’en passer
C’est probablement là que se situe le véritable enjeu. Éloigner le smartphone peut permettre aux élèves de retrouver des moments sans écran, mais cela ne suffit pas nécessairement à construire un rapport responsable au numérique.
Les adolescents devront tôt ou tard apprendre à gérer les notifications sur les réseaux sociaux, les sollicitations permanentes et la circulation de fake news. Certes une interdiction peut constituer un cadre protecteur pendant le temps scolaire, mais en rien, elle ne remplace pas l’éducation au numérique !!
Il s’agit donc à la fois :
- de limiter les usages problématiques c’est à dire de les amener à comprendre en quoi et comment les écrans peuvent leur être néfastes (développement cérébral, santé mentale)
- de former les élèves à une utilisation responsable des outils numériques : savoir tirer profit d’internet et le l’intelligence artificielle tout en continuant à chercher, réfléchir et à développer son analyse critique
Une nouvelle règle, mais surtout un changement d’habitude
L’extension de l’interdiction aux lycées marque donc une nouvelle étape dans la politique française concernant les smartphones à l’école. À partir de la rentrée 2026, le principe d’une scolarité sans téléphone concerne désormais l’ensemble du parcours scolaire, de l’école au lycée.
Reste à savoir comment cette règle sera accueillie et appliquée dans les établissements. Son efficacité dépendra largement :
- de la capacité des équipes éducatives à proposer un cadre clair
- de son acceptation ou au contraire son contournement par les lycéens
En conclusion, il serait certainement avisé de se demander si derrière la question du téléphone ne se trouve pas finalement une question plus large : quelle place voulons-nous accorder aux écrans dans l’éducation ? Certes, interdire le smartphone pendant le temps scolaire pourrait permettre de recréer des espaces de concentration et de socialisation. Mais le véritable défi serait très certainement de préparer les jeunes à vivre avec ces outils sans en devenir dépendants.
L’enjeu majeur est donc d’apprendre, progressivement, à savoir quand il est utile de les utiliser… et quand il est préférable de s’en passer.
Pour aller plus loin :
- Article de presse : Interruptions et focalisation régulatrice : effets sur l’attention résiduelle et la performance des tâches
- Site officiel d’ Éducation nationale VADEMECUM – Interdiction de l’utilisation du téléphone portable et des autres objets connectés au lycée – Juin 2026
- FORMATION sur notre site : Agir face au harcèlement : repérer, protéger, accompagner
