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HP et souffrance : halte aux idées reçues !

On entend souvent dire, lors des émissions de télévision, à la radio, ou encore lorsque l’on cherche au rayon HP (Haut Potentiel), les livres concernant le sujet, que les personnes à haut potentiel intellectuel vivraient un enfer.

Ce n’est que partiellement vrai 

Les personnes ayant un fonctionnement cognitif différent de celui de la majorité de la population peuvent avoir des difficultés mais, au même titre que les typiques. Rappelons que : les études scientifiques et cliniques ont montré, de manière consensuelle, que l’intelligence très développée :

  • constitue une ressource tant pour le développement personnel que la vie scolaire, professionnelle, psychologique ou sociale dès lors que les capacités de l’enfant sont prises en compte et soutenues dans un environnement adapté
  • ne vaccine pas pour autant contre d’éventuels problèmes psychologiques, sociaux, scolaires ou autres
  • ne constitue ni une pathologie ni une cause de difficulté en soi (1) 

Ce qui introduit un biais dans l’imaginaire collectif, c’est le fait que ces livres ou ces auteurs sont le plus souvent, des psychologues qui reçoivent en consultation. Or, les personnes à haut potentiel qui vont bien consultent rarement, tout comme le fait les personnes typiques qui vont bien. Elles ne poussent pas la porte (ou rarement) d’un cabinet de psychologie. 

Les études scientifiques sur le sujet vont plutôt dans le sens d’un équilibre et d’un épanouissement des personnes à haut potentiel. 

Au mois de juin 2018, le numéro 154 d’ANAE (2), (revue scientifique « Approche neuropsychologique des apprentissages chez l’enfant) fait une « Mise au point sur le Haut potentiel ». 

On y retrouve un certains nombres d’articles écrits par un grand nombre de spécialistes sur la question, dont l’objectif est de présenter une synthèse sur les recherches les plus récentes en matière de compréhension du fonctionnement à haut potentiel intellectuel. Pour n’en citer que quelques uns : Jacques Grégoire, M. Litrani, N. Gauvrit, F. Ramus…

L’objectif de cet article va donc être de vous rapporter en substance le résultat de certaines de leurs recherches afin de tenter de « tordre le cou » à quelques amalgames qui rodent autour de cette question, sans pour autant penser donner la prévalence explicative aux données neuronales sur les données comportementales. 

QI élevé et non- adaptation scolaire

Aujourd’hui, de nombreux parents cherchent au travers d’un test de QI l’explication de l’agitation ou de l’ennui de leur enfant à l’école. Or selon l’étude de Mme Bergès Bounes, psychologue à l’unité de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Ste Anne à Paris, seuls « 29% des enfants amenés en consultation ont effectivement un QI supérieur à 130 », les 71% restants d’enfants qui sont en difficulté face à l’école le sont pour d’autres raisons. (3). 

QI élevé, différences entre indices au test de QI et troubles psychopathologiques plus fréquents ? 

Il peut être tentant d’interpréter les écarts importants entre les indices comme étant le résultat de troubles psychologiques. G. Labouret et J. Grégoire (4) tentent de trouver une réponse scientifique à cette question au travers de leur recherche. Leur conclusion, basée sur plusieurs études et une méta-analyse (c’est à dire une étude des différentes recherches) indique que les différences perçues au travers des tests sont courantes et proviennent vraisemblablement plus de la manière dont chaque personne à haut potentiel développe des stratégies d’adaptation et d’apprentissage.

« Toute interprétation formulant un jugement de valeur (déséquilibré, pathologique, problématique…) sur la base de ce seul type de profil semble donc infondée ». 

Quant à faire un amalgame entre fragilité psychologique et QI élevé, l’étude de F.Guénolé. JM. Baleyte. M. Spéranza (5) vient affirmer le contraire. Même s’ils déplorent le manque de données sur le sujet, aujourd’hui, ils indiquent que les travaux actuels viendraient indiquer que les enfants et adolescents à haut potentiel auraient une meilleure estime de soi et une anxiété légèrement moins grande que dans la population typique. Les données n’incluent pas les adultes pour lesquels une autre étude serait nécessaire. 

Alors, comme le signale L. Liratni (6), on pourrait réconcilier les différents points de vue en parlant de « la coloration particulière » des troubles psychopathologiques classiques qu’apporterait le fonctionnement cognitif en haut potentiel. Et s’en servir comme d’un « levier thérapeutique » pour aider à résorber les symptômes lorsqu’il s’associe à une pathologie déterminée. 

Alors une personne à haut potentiel a t-elle un cerveau qualitativement différent ? 

Franck Ramus cherche à répondre à cette question en mettant en avant le résultat d’études d’imageries cérébrales. (7) 

Les résultats ne montrent aucune discontinuité spécifique entre un cerveau avec un fonctionnement cognitif typique et un fonctionnement cognitif à haut potentiel. Pas de fonctionnement « plus vulnérable de l’amygdale » (structure impliquée dans le traitement des émotions). Pas de « cerveau qualitativement différent ». En revanche, il indique que «de même que ces personnes ont des fonctions cognitives plus performantes, elles ont, comme on pouvait s’y attendre des fonctions cérébrales (en moyenne) plus performantes que les autres ». Autrement dit, des cerveaux plus rapides et plus riches en termes de connectivité cérébrale mais pas différents.

Alors pourquoi parle-t-on d’hyperémotivité chez les jeunes à haut potentiel ? 

Tout d’abord il faut définir de quoi on parle. Est-ce de

  • réactivité émotionnelle (Mikolajczak 2012) ? Le reflet de l’activation de l’amygdale face à une situation émotionnelle, en partie déterminé génétiquement et régulé par le cortex préfrontal. 
  • D’intensité affective ? (Larsen et Diener 1987). Trait de personnalité influencé par les expériences de vie. 
  • D’hyperstimulabilité émotionnelle (Piechwski 1991), reliée à une mémoire affective et une capacité à ressentir les émotions de l’entourage particulièrement développées.
  • Ou encore de l’association de ces trois concepts. 

L’étude de S. Brasseur et J. Grégoire (8) cherche, au delà des différents concepts ci-dessus, « à réinterroger le lien entre HP et hyperémotivité » à partir d’indices physiologiques. En substance il en ressort que le lien n’est pas si évident, qu’il peut être influencé par des facteurs culturels, éducatifs en rapport avec le sexe ? Qu’il n’y a pas de différence flagrante sur le plan physiologique entre le ressenti émotionnel des personnes à haut potentiel et les personnes typiques et que ce pourrait être dans l’après coup et non dans le moment que l’intensité apparaîtrait en raison du fonctionnement cognitif particulier de ces personnes. 

Conclusion 

Les personnes à haut potentiel ne sont pas plus fragiles émotionnellement ou psychologiquement que les personnes typiques. Leur cerveau n’est pas qualitativement différent mais plus performant. Comme chacun d’entre nous, elles peuvent souffrir de pathologie mentale, leur fonctionnement cognitif particulier est à la fois un « exhausteur » de symptômes comme un levier thérapeutique utile pour les réduire. Les enfants HP ne sont pas d’avantage inadaptés au système scolaire que les autres et les différences entre indices ne sont pas représentatifs de troubles psychologiques.

Corinne Girard, Psychologue, DU Neuropsychologie et troubles d’apprentissage, corinne-girard.com/, pour Dys Positif

Références bibliographiques 

(1) VANNETZEL, L. & GAUVRIT, N. (2018). Avant-propos. Le Haut potentiel Intellectuel-Mise au point. A.N.A.E., 154, 255-257. 

(2) A.N.A.E (Approche Neuropsychologique des apprentissages chez l’Enfant). Numéro 154. Juin 2018- Volume 30- Tome III. Pages 241 à 372. « Le Haut Potentiel Intellectuel, Mise au point ». 

(3) BERT.C (2018). Enfants surdoués : historique. A.N.A.E., 154, 259-264. 

(4) LABOURET, G & GREGOIRE, J. (2018). La dispersion intra-individuelle et le profil des scores dans les QI élevés. A.N.A.E., 154, 271-279. 

(5) GUENOLE, F., BALEYTE, J.-M. & SPERANZA, M (2018). LA santé mentale des enfants et des adolescents intellectuellement surdoués : synthèse des données quantitatives. A.N.A.E., 154, 298-304. 

(6) LIRATNI, M. (2018), Haut potentiel intellectuel et psychopathologies : position réconciliatrice et pistes thérapeutiques. A.N.A.E., 154, 305-312. 

(7) RAMUS, F. (2018). Les surdoués ont-ils un cerveau qualitativement différent ? A.N.A.E., 154, 281-287. 

(8) BRASSEUR, S. & GREGOIRE, J. (2018). Les jeunes à haut potentiel sont-ils hyperémotifs. A.N.A.E., 154, 289-297. 

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