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Haut potentiel et troubles dit « dys » : une difficile identification

Comment identifier le haut potentiel ?

L’identification du Haut potentiel intellectuel est communément acceptée lorsque le QIT (Quotient Intellectuel Total) est supérieur ou égal à 130. Ce chiffre devant être mesuré par des échelles normées c’est à dire qui ont fait l’objet d’une vérification scientifique en rapport avec des échantillons de personnes en lien avec leur origine culturelle.

La répartition des résultats se fait alors selon une courbe appelée courbe de Gauss. Cette courbe repartit les résultats obtenus sous forme de « cloche » avec à son centre la majorité des quotients intellectuels et à ses extrémités des pourcentages rares de résultats.

Ce qui fait que les personnes dites à « haut potentiel intellectuel » se situent dans une extrémité de cette courbe. Le pourcentage associé d’appartenance à cette catégorie étant de 2,5% dans la population française.

Le haut potentiel est-il forcément source de souffrance ? Attention aux amalgames et aux idées reçues !

Non, comme l’indiquent les études scientifiques sur le sujet (1),  la plupart d’entre eux vont bien. Souvent ces enfants sont capables de trouver par eux-mêmes des stratégies de compensation pour s’adapter à leur environnement et y trouver les éléments nécessaires à leur construction et à leur épanouissement. Il y a donc un effet « loupe » sur cette question, car seuls les enfants en souffrance viennent consulter.

C’est donc, le plus souvent, la présence de trouble associé qui génère le mal être. En effet, comment se comprendre lorsque la pensée va si vite mais que la main ne suit pas ? Ou encore que la lecture nécessite une telle énergie, que les règles d’orthographe ne s’automatisent pas alors que pour le reste aucun effort n’est à fournir ?… Comment aussi accepter qu’à certains moments clés de la scolarité il faille apprendre à apprendre alors qu’avant c’était si simple ?!

Les études démontrent que les troubles spécifiques d’apprentissage chez les enfants à haut potentiel sont présents chez environ 10% d’entre eux, un même pourcentage que dans la population générale (2).

Lorsqu’il y a difficulté comment ça se passe ?

Qui est à l’initiative de la demande

Les parents, l’école sont en général les premiers confrontés à la souffrance de l’enfant. Ce sont donc, en général, les premiers à solliciter le psychologue de ville ou le psychologue scolaire pour faire l’évaluation de l’enfant. Parfois c’est l’orthophoniste qui est sollicité en premier et qui va demander de valider ou d’invalider certaines autres hypothèses en lien avec son bilan. Parfois c’est le décalage ressenti par l’enfant dans ses rapports avec autrui qui génère des symptômes associés d’agitation, de retrait, de dépression ou encore d’échec scolaire. Ce sont les symptômes qui amènent le plus souvent la demande.

Les difficultés associées

Parfois, lorsque d’autres problématiques s’y ajoutent, le haut potentiel peut être masqué

Autres problématiques :

  • une dépression
  • des troubles anxieux
  • une anxiété face à la situation d’évaluation
  • une exigence de perfectionnisme qui vient entraver la possibilité de répondre rapidement aux subtests évaluant la vitesse de traitement
  • des problèmes psychologiques (problèmes pouvant aussi toucher des personnes typiques)
  • des troubles spécifiques d’apprentissage
  • un TDA(H) (trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité)
  • la présence de troubles de la sphère autistique
  • etc…

Comment faire la part des choses ? (Les difficultés rencontrées lors de l’identification)

Les normes statistiques des échelles manquent de sensibilité lorsque l’on s’approche des extrêmes ce qui peut se traduire par des écarts importants entre les indices qui les composent(3)Pour rappel, les échelles de Wechsler, dans leurs dernières versions pour les enfants d’âge préscolaire et scolaire, qui mesurent le quotient intellectuel se basent aujourd’hui sur 5 indices principaux (compréhension verbale, raisonnement fluide, raisonnement visuo-spatial, mémoire de travail à court terme et vitesse de traitement).

Les écarts entre indices, parfois, peuvent induire à ne pas reconnaître les signes d’éventuelles difficultés associées ou encore à les surestimer. Lorsque ces écarts sont trop importants, certains psychologues, alors ne souhaitent pas donner le chiffre de ce QIT car, il n’est pas dit « valide ». Cela peut s’entendre dans le fait qu’il va être nécessaire de différencier un artefact statistique d’une réelle difficulté, en particulier dans les extrêmes de la courbe de Gauss. Et parce qu’il est nécessaire de ne pas « moyenner » des extrêmes sans déperdition d’information.

Comment faire le diagnostic différentiel ?

A l’issu des tests, si ces écarts entre indices sont trop importants, le psychologue va proposer des investigations supplémentaires auprès d’autres professionnels afin de valider ou invalider des hypothèses en lien avec ces différences. Il est donc indispensable, même si cela est compliqué à mettre en place (délais de rendez-vous, coûts pour la famille…), de suivre les préconisations du bilan psychologique en matière de bilans complémentaires. Seule une pluridisciplinarité de regards et d’évaluations va permettre de faire le diagnostic différentiel entre écarts statistiques et réel trouble. Le seul test de Wechsler ne peut affirmer un diagnostic de « dys ».

Alors quel est le délai pour ce diagnostic ?

Quelque fois, on entend que les délais pour la pose du diagnostic sont trop longs. Ce qu’il faut savoir c’est que le bilan seul ne permet pas de valider l’hypothèse de « dys ». Il est aussi nécessaire qu’il y ait un recul de quelques mois de rééducation ou de suivi auprès du professionnel (ergothérapeute, orthoptiste, orthophoniste, psychomotricien, psychologue…) pour déterminer si l’on est dans le cadre d’un véritable trouble ou si l’enfant a « seulement » des difficultés. La pose du diagnostic ne peut donc se faire qu’après ce temps de recul sur la situation.

Alors en attendant, on ne fait rien ?

Evidemment, ce n’est pas parce que l’on attend un diagnostic qu’il ne faut rien faire pour soulager l’enfant. C’est pourquoi le travail de rééducation proposé par l’orthophoniste, l’ergothérapeute, le psychomotricien, le suivi psychologique auprès du psychologue, sont importants dans ce délai.

Qui pose le diagnostic de trouble dit « dys » (trouble spécifique d’apprentissage)

Le diagnostic sera posé par le médecin, le pédiatre en lien avec le médecin de PMI ou le médecin scolaire et entrainera, une démarche de reconnaissance du handicap. C’est pourquoi il est nécessaire de faire le lien avec le médecin prescripteur, pour faire la synthèse des actions engagées, ou s’il ne peut prendre en charge le dossier, avec un autre professionnel. Ce dernier portera le travail de regroupement des différents comptes rendus et en fera la synthèse pour le prescripteur. A l’issu de tout ce travail, et donc de tout ce temps, si le diagnostic est posé et si cela est nécessaire, une demande de prestation de compensation va être soumise à la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) afin de déterminer l’impact dans la vie quotidienne de ce handicap.

A quoi sert la reconnaissance de handicap

Cela permet, lorsque l’impact sur la vie quotidienne est avéré, de bénéficier d’aides financières ou humaines dans les prises en charge, pour du matériel (logiciels, ordinateur, etc…), un aménagement du lieu de vie ou des outils et/ou d’une AVS (Assistant de Vie Scolaire) à l’école. Le lien avec l’école est donc important pour permettre la mise en place de ces aménagements.

Quelle spécificité chez l’enfant HP ?

Ce qui va être particulier chez l’enfant à haut potentiel c’est sa capacité de trouver des stratégies de compensation par lui même. Ce qui peut retarder le diagnostic différentiel et générer des symptômes psychologiques associés. C’est pourquoi, il est important de s’adresser à des professionnels ayant une bonne expertise de ce type de fonctionnement cognitif.

Pour conclure

Non les enfants à haut potentiel ne vont pas tous mal ! Oui, certains rencontrent, à l’instar des enfants typiques, des difficultés. Certaines de ces difficultés sont invalidantes et nécessitent des aménagements scolaires, des aides humaines ou financières, de la rééducation. Le diagnostic différentiel de trouble d’apprentissage est donc un diagnostic d’exclusion, après validation du haut potentiel. Ce diagnostic, comme chez tout enfant en difficulté qu’il soit ou non à haut potentiel, est pluridisciplinaire et porté par le médecin.

 

 

Corinne Girard, Psychologue, DU Neuropsychologie et troubles d’apprentissage, pour Dys Positif

 

Pour aller plus loin :

(1) Nicolas Gauvrit, « les surdoués ordinaires ». Editions PUF, 2014:

(2) Sophie Brasseur, Catherine Cuche « le haut potentiel en questions » Edition Mardaga, 2017

(3)ANAE N°154, « Le haut potentiel, Mise au point ». Juin 2018

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